Entretien avec Olga Salanueva et Adriana Perez, épouses de deux des cinq antiterroristes cubains emprisonnés depuis 12 ans dans les prisons américaines pour avoir voulu empêcher le terrorisme de frapper Cuba.

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" On va continuer à défendre nos époux, nos camarades "

Olga Salanueva est l’épouse de René Gonzalez ; Adriana Perez celle de Gerardo Hernandez, tous deux emprisonnés aux Etats-Unis, avec trois de leurs compatriotes, après avoir infiltré des organisations cubano-américaines d’extrême-droite à Miami qui avaient commandité des attentats sur des installations touristiques de l’île. En octobre dernier, elles étaient de passage à Paris pour sensibiliser l’opinion sur « l’Affaire des 5 ».

- Quel est le principal message que vous souhaiteriez passer aux personnes avec lesquelles vous parlez du cas de vos époux ?

- Olga Salanueva : L’arrestation et l’emprisonnement de nos époux sont une injustice qui dure depuis trop longtemps. Ils ont été mis en prison avec des condamnés, comme des espions. On les a punis alors qu’il n’y a aucun fait. Ils sont restés 17 mois sans avocat. Ils n’ont pas pu se défendre, surtout quand on sait que 80% du dossier n’est pas déclassifié.

- Leur cas n’a pas bénéficié d’une grande couverture médiatique aux Etats-Unis, si ce n’est de la part de la presse de Miami qui les a « condamnés » avant la fin du procès.

- Olga Salanueva : On a parfois l’impression que leur sort n’intéresse personne. Contre eux, les Etats-Unis mènent une véritable bataille médiatique en manipulant l’information. On sait depuis que des journalistes ont été payés durant le procès pour écrire des articles contre eux. Dans ce cas où est la justice, où est la liberté de la presse ? Le mouvement de solidarité avec les 5 a dû payer 50.000 dollars pour obtenir une page dans le New York Time.

- Adriana Perez : Nous sommes victimes d’une histoire qui nous a aussi punis en tant que famille. Malheureusement, nous n’avons pas la chance de voir cette affaire beaucoup médiatisée. Pas beaucoup de monde s’est demandé pourquoi ils étaient allés aux Etats-Unis.
Depuis 12 ans, nous ne voyons pas nos maris. Nous voyageons dans beaucoup de pays pour parler de leur cas. Nous invitons les médias, mais les journalistes ne viennent pas souvent.

- Ils ont été condamnés alors qu’ils luttaient contre le terrorisme dont a été victime le peuple cubain et des touristes étrangers, dont Fabio Di Celmo, un ressortissant italien tué dans une explosion. N’est-ce pas contradictoire ?

- Adriana Perez : Tout à fait. Aujourd’hui, on commence à connaître un peu mieux l’histoire. Les preuves sont à disposition de tous. De tous ceux qui veulent les trouver. Mais les Etats-Unis ne veulent pas car on prouverait leurs liens avec les milieux d’extrême-droite de Miami.
On accuse les 5 d’avoir infiltré des organisations. Mais depuis quelques temps, plusieurs états occidentaux (Etats-Unis, France, Allemagne, Grande-Bretagne…) ont aussi annoncé des menaces terroristes envers leurs pays. Qui leur a donné ces informations ? S’ils ont été prévenus de risques terroristes à leur encontre, c’est bien qu’ils ont des informateurs ? Pour nos époux c’est la même chose : ils ont informé notre pays pour empêcher des bombes d’exploser. Sauf qu’eux ont été arrêtés !

- Malgré cette injustice, les 5 lancent constamment des messages de paix.

- Olga Salanueva : Ils se battent contre la violence qui a frappé notre pays. Nous étions attaqués par des terroristes. Ils sont en prison pour avoir infiltré des organisations qui nous ont remplis de douleurs et de deuils. J’ai vu ces personnes à Miami : elles ne veulent pas le bien-être du peuple cubain, elles veulent tuer. Dès 2000, les 5 ont publié une lettre ouverte au peuple des Etats-Unis dans laquelle ils disaient que le terrorisme était l’ennemi de tous. Ils ont tout de suite subi des représailles de la part de l’administration.

- Juridiquement, tous les recours légaux ont été épuisés. L’espoir persiste-t-il de les voir rapidement libres ?

- Adriana Perez : C’est vrai, tous les recours légaux sont finis. Par conséquent, aujourd’hui, nous misons sur une solution politique. Certes, ce sont des hommes, mais c’est aussi une cause. Les défendre, c’est défendre une cause.

- Vous parlez de « cause ». Pensez-vous que si vos époux avaient trahi cette « cause », ils seraient libres aujourd’hui ?

- Olga Salanueva : Bien sûr que oui ! D’autres ont été arrêtés avec eux. Mais ils sont aujourd’hui libres parce qu’on les a incité à trahir leur frères. Nos époux ne l’ont pas fait. Ils préfèrent continuer à défendre leur cause, notre cause.

- Adriana Perez : On va continuer à défendre nos époux, nos camarades.

Propos recueillis par Sébastien MADAU