21 mai 2009
LES DÉMOCRATES DU SÉNAT DÉCIDENT DE BLOQUER LES FONDS DESTINÉS À LA FERMETURE DE GUANTANAMO
Ils attendent que le Gouvernement de Barack Obama explique ce qu'il fera avec les détenus étrangers
Washington. (EFE). – Un revers très clair pour le président, Barack Obama. Les démocrates du Sénat US ont décidé de bloquer 80 millions de dollars destinés à la fermeture éventuelle du pénitencier US à Guantanamo (Cuba) tant que la Maison Blanche n’expliquera pas ce qu'elle fera avec les détenus étrangers qui y sont incarcérés.
Obama voulait que ces fonds soient inclus dans un projet de loi pour des frais de défense supplémentaires que le Sénat prévoit de voter cette semaine pour les opérations militaires en Iraq et en Afghanistan.
Aujourd’hui, la version du Sénat supprime le texte qui autorisait les 80 millions de dollars afin de préparer les démarches de la fermeture de Guantanamo.
Dans une expression semblable à la version de la Chambre des Représentants, l'initiative indiquera que le montant sera approuvé 60 jours après que la Maison Blanche présente un plan détaillé.
Les législateurs de la Chambre basse [du Parlement] ont fixé un délai jusqu'au 1er octobre prochain pour que la Maison Blanche présente des détails sur ce qu'elle fera avec les détenus une fois que Guantanamo sera fermée, le coût que cela supposera, ainsi que le coût du transfert des condamnés vers d'autres prisons.
Indépendamment, Obama a créé un groupe de travail qui prévoit de présenter en juillet prochain un rapport sur le cap de sa politique au sujet des détenus et les étapes nécessaires pour l'éventuelle fermeture de Guantanamo.
La décision des démocrates qui contrôlent les deux chambres du Congrès, est un revers pour Obama, qui avait annoncé en arrivant à la présidence, en janvier dernier, qu’il donnait un délai jusqu'à janvier 2010 pour la fermeture de Guantanamo.
"Obama fait du changement une réalité"
" Le président démarre par la fermeture de guantanamo et des mesures éthiques "
Les démocrates assurent que bien qu'ils soutiennent la fermeture de Guantanamo, ils préfèrent attendre de connaître la destination finale des 241 étrangers qui sont toujours détenus dans la base navale US.
Ce centre de détentions à Guantanamo « ne nous rassure guère..toutefois, ce n'est ni le moment ni le projet de loi pour aborder cette affaire », a affirmé à la presse le chef de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid.
Se faisant l'écho de la préoccupation de beaucoup de démocrates sur un possible transfert de prisonniers sur le territoire US, Reid a insisté sur le fait qu'il serait prématuré d'agir avant qu’Obama ne mette son plan sur la table.
Au cours d’une conférence de presse, le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a dit que l'Administration Obama espère que le Congrès accepte de débloquer l'argent. Il a laissé entrevoir la possibilité qu’Obama traite directement les préoccupations du Législatif dans un discours ce jeudi.
Selon Gibbs, Obama donnera à l'opinion publique « une partie substantielle » de son plan sur le futur des prisonniers.
Bien que la décision de fermer Guantanamo ait été applaudie par la Communauté internationale, la question de que faire avec les détenus est, cependant, un casse-tête pour Obama.
La présence possible de présumés terroristes aux USA - même si c’est dans des prisons de haute sécurité - a donné des cartouches à l'opposition républicaine, qui dirige une campagne pour attaquer la politique de sécurité nationale d'Obama et pour inspirer la peur dans l'opinion publique.
Les républicains de la Chambre basse, par exemple, sont en train de promouvoir un projet de loi pour « éviter l'entrée de terroristes aux USA. » et qui interdit le transfert sur le sol US de tout détenu sans le consentement spécifique du gouverneur et de la législature étatique de l'état choisi pour recevoir ces détenus.
Le leader de la minorité dans la Chambre Basse, John Boehner, a même commenté que les électeurs « ne veulent pas ces terroristes dans leurs quartiers ».
Geoff Morrell, porte-parole du Pentagone a dit dans une conférence de presse qu’« il n'y a rien qui indique que le délai pour fermer Guantanamo en janvier 2010 « courre un danger ».
« De ce que je sais, les plans au sujet de la fermeture du centre de détentions à Guantanamo sont prêts … selon le chronogramme sollicité par le président dans son ordre d’exécution » du 22 janvier dernier, a-t-il ajouté.
Selon Morrell, les fonctionnaires du Pentagone impliqués dans ce processus, parmi eux le sous-secrétaire à la Défense, se réunissent régulièrement avec leurs pairs des départements d'État et de Justice et avec des représentants de la Maison Blanche pour traiter « ces affaires, qui sont très compliquées ».
Traduction : Moncada
Source: Democratas del Senado deciden bloquear fondos para el cierre de guantánamo
Article publié le 20 mai 2009 à 2H59
14 mai 2009
CUBA : 50 ANNÉES D'ÉCONOMIE AU SERVICE DU PEUPLE
Fidélité aux principes contre vents et marées

Auteur : Alberto MONTERO SOLER
1. Des débuts à quasiment la fin (1959-1989)
Pour une compréhension minimale de la situation actuelle de l’économie cubaine, il faut remonter à la période antérieure à la Révolution pour comprendre, au moins partiellement, tant la raison de celle-ci que son cheminement depuis. À cette époque, l’économie cubaine ressemblait dans une grande mesure aux autres économies de la région qui se trouvaient complètement insérées dans la dynamique de domination continentale des USA.
En ce sens, la substitution du régime colonial espagnol par le nord-américain s’était limitée à diversifier la structure productive cubaine en incorporant le tourisme à ce qui étaient les activités traditionnelles dans l’île : l’exportation de matières premières et en particulier la monoculture de la canne à sucre (1).
Evidemment cela n’avait pas débouché sur une amélioration de l’inégale distribution du revenu parmi la population cubaine (2). Une distribution de la rente qui se trouvait renforcée par les structures quasi-féodales de l’exploitation qui dominaient la production de sucre et qui se traduisait, en même temps, par une saisonnalité élevée du chômage qui n’était pas absorbé par des sources alternatives de travail.
Si à ce contexte économique sous-développé et à son expression correspondante en termes de pénibles conditions sociales s’ajoutait l’environnement répressif et corrompu imposé par la dictature de Batista et sa soumission aux intérêts nord-américains, les bases étaient posées pour la capacité d’entreprendre de tout projet transformateur qui , avant tout, récupérerait la souveraineté pour le peuple cubain et, ensuite, se lancerait dans des transformations économiques et sociales qui permettraient d’élever le niveau de vie de la population et un climat de meilleure justice sociale.
Le processus révolutionnaire qui triompha en 1959 canalisait, en ce sens, toutes les attentes accumulées par la population durant des lustres d’exploitation et de soumission et la période qui s’ouvre dès lors sera marquée par la recherche de formules qui permettent de concrétiser ces aspirations dans un contexte marqué par l’hostilité viscérale des USA à l’égard du projet révolutionnaire.
Une hostilité qui se fit présente dès le moment où commencèrent les programmes de nationalisation des secteurs stratégiques de l’économie, où la présence d’entreprises usaméricaines était écrasante, et qui s’accéléra quand, en août 1960, le gouvernement cubain décida la nationalisation de tous les intérêts étrangers dans l’île.
La réponse la plus tranchante, par sa continuité dans le temps et son coût, a été le blocus auquel a été soumise l’économie cubaine depuis 1960 et qui a marqué de manière décisive toute son histoire économique récente.
En fait, le blocus réoriente économiquement et politiquement Cuba vers l’Union Soviétique et le bloc socialiste, l’île cherchant tant une alliance politique stable dans le contexte mondial de guerre froide que l’ouverture de nouveaux marchés pour les produits cubains qui avaient perdu marchés traditionnels depuis l’imposition du blocus.
Les conséquences de cette relation sur l’économie cubaine furent très importantes dans un double sens.
En premier lieu, parce qu’elles conduisirent à la concentration des échanges commerciaux avec ce bloc, favorisée, à son tour par les conditions avantageuses dans les termes de l’échange et par les aides offertes par l’Union Soviétique.
Et, en second lieu, parce qu’elles firent que le modèle économique cubain bascula vers le modèle socialiste dominant dans toute l’orbite soviétique caractérisé par la propriété sociale des moyens de production et la planification centralisée.
L’évaluation du lien de Cuba avec le bloc soviétique, et ses effets sur l’évolution de l’économie cubaine durant les quasi vingt-cinq années suivantes présente des éléments tant positifs que négatifs.
Du côté positif se trouvent, évidemment, les grandes avancées économiques et sociales durant ces années, d’autant plus remarquables si elles se comparent avec le développement économique et social des pays de son environnement géographique le plus proche (3).
Néanmoins, du côté négatif du bilan, et toujours estimé depuis la perspective que fournit aujourd’hui la connaissance des faits qui se produisirent par la suite, il convient de signaler que l’excessive dépendance de Cuba dans ses échanges avec le bloc socialiste détermina la grave crise de l’économie cubaine durant la décennie des années 90, à la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique. Mais qu'en plus ce lien conduisit Cuba à se transformer en une pièce additionnelle dans le sein de la division internationale du travail établie dans l’enceinte soviétique. Cela impliqua l’abandon de ses stratégies initiales d’industrialisation et la diversification productive et la réorientation de son programme économique vers la production et l’exportation de biens primaires bien que maintenant sur la base d’une économie de planification centralisée.
En conséquence, l’économie cubaine a continué de présenter les caractéristiques traditionnelles d’un pays en voie de développement, hautement dépendant de ses exportations de produits primaires et très vulnérables, comme on le verra plus tard, aux événements extérieurs (4).
2. Les années 90 : temps de réformes après l’effondrement
Etant donné cet état des choses, la chute du bloc soviétique emporta- il ne pouvait en être autrement - l’économie cubaine. Et nous disons qu’il ne pouvait en être autrement car 85% des relations commerciales et financières de l’île étaient avec ce bloc.
Comme on peut le supposer, l’impact sur l’économie cubaine fut énorme : le produit chuta de 35% en termes réels entre 1989 et 1993 ; la consommation totale diminua de 13% ; la formation de capital passa de 24% à moins de 6% du produit ; les revenus du capital se réduisirent de plus de 10 fois ; et les salaires réels tombèrent de 18% (5).
Le gouvernement cubain a affronté cette détérioration des conditions économiques et sociales avec une unique certitude : celle que la voie vers une solution ne passait pas par la transition vers l’économie de marché, comme cela s’était passé dans les États de l’orbite soviétique. L’option pour le socialisme se maintint inaltérable sans rejeter, avec d’indubitables doses de pragmatisme, l’introduction de mécanismes mercantiles qui permettrait de dynamiser une économie ankylosée et avec d’importants problèmes de productivité.
En ce sens, l’éventail de réformes menées par le gouvernement pour tenter de dépasser la Période Spéciale a été catalogué à la fois comme pragmatique et d’original et intrépide. Et, en même temps, il faut faire ressortir son effort pour préserver à tout prix les grandes réussites sociales de la Révolution (santé, éducation et protection sociale universelles et gratuites).
Les premières mesures n’eurent pas la profondeur que la gravité de la crise nécessitait et furent de caractère conjoncturel et avec une double orientation.
Ainsi, d’entrée, il fallait obtenir les devises dont Cuba avait besoin pour faire face au paiement de ses importations et ainsi se développa le tourisme international et fut permise une modeste ouverture de l’économie à l’investissement étranger direct. Mais on tenta aussi de faire en sorte que la répartition des coûts sociaux de la crise soit la plus équitable possible et, en ce sens, on chercha à préserver l’emploi et à soutenir les niveaux salariaux en vigueur.
Evidemment, une politique d’expansion de la demande dans un contexte de restriction aigüe de l’offre finit par provoquer l’apparition d’importants déséquilibres financiers internes ainsi que l’inflation si redoutée (et sa répercussion connue régressive sur la distribution de la rente et avec cela sur la répartition des coûts de la crise). En conséquence, le peso cubain connut une forte dépréciation, avec la chute consécutive des salaires réels alors que dans le circuit monétaire commençait à circuler le dollar usaméricain qui arrivait au pays par la voie tant des envois de fonds de l’extérieur que du tourisme.
Néanmoins, la progressive dollarisation de fait de l’économie cubaine se heurta à la prohibition légale de détention et de circulation de devises pour la population ce qui, logiquement, donna lieu à l’apparition de marchés informels tant de biens que de devises.
A partir d’alors, et comme le soulignent Virgili et Xalma (2004), l’économie cubaine présenta une structure segmentée de caractère dual : dualisme monétaire (circulation du peso cubain et du dollar usaméricain);dualisme de change (coexistaient le type de change officiel et celui en vigueur sur le marché informel) ; et dualisme structurel (les secteurs traditionnels, gouvernés par les mécanismes d’attribution liés à la planification centralisée, et les émergents, régis par les mécanismes de marché).
Tout cela engendra une importante détérioration des conditions sociales et l’apparition d’inégalités qui finirent par segmenter aussi socialement la population cubaine en fonction de sa capacité d’accès à la devise usaméricaine et qui provoquèrent des niveaux élevés de mécontentement social qui éclatèrent avec la crise des “balseros” de l’été 1994 (6).
Avant cet épisode le gouvernement cubain sut interpréter convenablement ces symptômes évidents de mal-être social et promut une série de réformes de caractère structurel et à forte composante pragmatique. Concrètement, les principales concessions qui se firent en termes économiques furent la dollarisation partielle de l’économie et l’introduction d’espaces et de mécanismes de marchés dans des domaines qui jusqu’alors avaient été régis par la logique de la planification.
Ainsi et de manière synthétique, on peut relever les réformes structurelles suivantes. Dans le domaine externe, et avec un pari décidément libéralisateur du secteur, on procéda à une ouverture plus décidée de l’investissement étranger ; à la transformation du monopole étatique du commerce extérieur et sa réorganisation et flexibilité ; à la stimulation du tourisme ; et surtout à la dépénalisation de la détention de devises (août 1993) suivie de la création et de l’émission en 1995 d’une monnaie pleinement convertible, le peso convertible. En même temps se créa un réseau étatique de boutiques de vente en devises (appelées Boutiques de Récupération de Devises ou TRD) destinées à réorienter stratégiquement les devises qui circulaient dans l’économie vers les secteurs qui fonctionnaient en pesos cubains et qui avaient un moindre accès à la monnaie convertible (dollars ou pesos convertibles).
Sur le plan intérieur, il faut souligner que dans le secteur agricole les grandes extensions de terres qui constituaient les entreprises agro-pastorales d’État furent divisées en petites unités de production coopérative ; des marchés agricoles où les agriculteurs pouvaient vendre leurs excédents de production furent créés ; l’agro-industrie sucrière se restructura ; et finalement on reconnut la possibilité du travail à son propre compte propre pour un ensemble d’activités prédéterminé (7).
Toutes ces réformes s’accompagnèrent de réformes dans le secteur public et les domaines fiscaux (par la voie de l’assainissement des finances nationales) et monétaires (il se créa un réseau de Maisons de Change-Cadeca-pour réaliser des transactions monétaires et bancaires en devises, on autorisa l’ouverture de comptes d’épargne en dollars usaméricains, on sépara les fonctions de la banque centrale et des banques commerciales et on créa de nouvelles institutions financières, parmi elle la Banco Central de Cuba en 1997 (8).
Ces changements supposèrent une modification substantielle de la dynamique économique et sociale du pays parce que, en premier lieu, ils donnaient lieu à la diversification de la propriété économique avec l’ouverture à des formes de propriété rejetées jusque là. En second lieu, ils modifièrent le rôle de l’Etat dans l’économie, augmentant sa fonction régulatrice au détriment de son activité entrepreneuriale. En troisième lieu, ils consolidèrent une économie totalement duale après la libéralisation de la détention et de la circulation de devises, même s’il est certain que, simultanément, s’articulèrent des mécanismes pour connecter les deux secteurs. Et parce que, finalement, ils ouvrirent de nouveaux espaces au marché pour le cas de biens et services déterminés (9).
En ce sens, et comme le défendent Virgili et Xalma (2004), la dollarisation partielle de l’économie a été stratégiquement utilisée pour réactiver l’activité productive.
Mais, en outre, il faut prendre en compte que dans le même temps se trouvèrent insérés quelques éléments qui facilitèrent le processus de dédollarisation. C’est pour cela qu’on peut affirmer sans risque d’erreur que la dollarisation fut toujours conçue à Cuba comme un phénomène transitoire (10).
Un bref bilan des effets de ces réformes doit prendre en compte que les succès qui furent obtenus n’étaient pas exempts d’ombres.
En tous cas, la dollarisation eu des aspects positifs inégalables : elle stimula la remontée de la production, développa une nouvelle source de revenus (les envois de fonds) qui seulement fut dépassée par les revenus provenant du tourisme et facilita la fourniture de biens et de services à la population à bas prix en monnaie nationale, parvenant, avec cela, à maintenir les niveaux de consommation de la population et préservant les conquêtes sociales (11).
Cependant, on doit remarquer qu’elle provoqua une augmentation des prix par une généralisation de ceux en vigueur sur les marchés informels, avec pour conséquence la détérioration pouvoir d’achat des salaires en monnaie nationale.
Egalement, il faut souligner que la dualité monétaire introduisit d’importantes inégalités sociales qui, jusqu’alors, avaient été absentes dans l’économie cubaine.
Et enfin, la confluence des deux facteurs antérieurs produisit un affaiblissement du rôle du salaire en monnaie nationale comme principal facteur de stimulation de la production. En conséquence, la rémunération, et par suite, les possibilités de consommation cessèrent de dépendre de l’emploi et/ou de la formation pour dépendre de la capacité d’accès aux devises dans les secteurs dans lesquels elles circulaient.
En conclusion, la crise provoquée par la chute du bloc soviétique affecta de manière dramatique l’économie cubaine. Cette dernière, pour une simple question de survie, dut changer sa morphologie, jusqu’alors nettement caractérisée par la propriété sociale des moyens de production, la planification centralisée et les hauts niveaux d’égalité sociale, pour adopter une morphologie avec des profils moins définis et dans laquelle le trait dominant à l’entrée dans le nouveau siècle sera la permanence de sa structure duale.
3. Nouveau siècle, nouvelles directions
Avec le nouveau millénaire, le gouvernement cubain avait déjà achevé les principales réformes structurelles destinées au redressement de l’activité économique et l’économie se développa à un rythme soutenu.
La priorité devint alors la réversion de certaines des mesures qui avaient été adoptées de manière non désirée et par la force des circonstances, contrevenant ainsi aux principes les plus élémentaires sur lesquels s’était appuyé le processus révolutionnaire et l'érodant par la voie de ses effets pervers sur l’égalité sociale et économique préexistantes.
Evidemment, la plus perturbatrice de ces mesures avait été la dollarisation de l’économie, entre autres parce qu’elle avait accentué la dépendance de l’économie cubaine par rapport aux revenus en devises (tant par envoi de fonds que par le tourisme), augmentant sa sensibilité à tout type de perturbation économique internationale.
Mais, en outre, le problème était singulièrement grave parce que, devant la difficulté pour se procurer les fournitures nécessaires, le gouvernement avait aussi à opter pour insérer les secteurs de protection sociale dans la logique duale qui dominait l’économie. La conséquence fut l’apparition de contradictions dans le sein de ces secteurs et la détérioration dans l’universalité et la gratuité de la prestation de certains services sociaux (12).
Et à tout cela il faut ajouter, enfin, l’augmentation des différences dans la distribution de la rente et le surgissement d’inégalités sociales qui jusqu’alors avaient été maintenues sous contrôle (13).
Synthétiquement, les problème sociaux que la dollarisation aggrava furent l’appauvrissement de larges secteurs de la force de travail ; le surgissement de revenus et de niveaux de vie non associés au travail ; l’exclusion d’importants secteurs de la population de la consommation de certains produits qui n’ étaient accessibles que sur les marchés où le moyen de paiement était les monnaies convertibles ; la concentration et la polarisation des revenus ; la supériorité des revenus moyens des travailleurs indépendants par rapport aux salariés étatiques; la perte de poids du salaire dans la capacité financière des familles; et, finalement, l’affaiblissement qualitatif et quantitatif des services sociaux (14).
La réaction du gouvernement cubain fut la reconnaissance de l’existence de ces inégalités, et depuis la fin des années 90, l’option pour un changement significatif dans la conception et la gestion des politiques sociales.
On passa ainsi d’un modèle de protection et d’attribution très peu différencié à un modèle beaucoup plus personnalisé, où l’État tente de reprendre une action plus active dans les politiques sociales cherchant à restaurer et moderniser les espaces de génération d’égalité qu’avait connu le processus révolutionnaire et qui, à cette époque, connaissaient franche détérioration. Et, pour cela, une série de nouveaux programmes est lancée dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la sécurité et de l’assistance sociale, l’emploi et le sport (15).
D’autre part, l’autre grande question a laquelle le gouvernement devait se confronter était ce qui avait contribué à engendrer ces expressions d’inégalité dans l’économie et la société cubaine : la dollarisation.
Dans cette matière, on peut affirmer que l’expérience cubaine de dédollarisation fut non seulement réussie mais même surprenante étant donné le caractère irréversible que ce processus acquiert généralement là où il a été appliqué.
En effet, en 2004 le gouvernement décida de se lancer dans de nouvelles réformes qui changèrent l’état de choses qui avait été généré depuis les changements introduits durant la décennie des années 90. Il s’agissait de retrouver une plus grande harmonie entre les dynamiques économiques et sociales dominantes et les principes originaires sur lesquels s’appuyait la Révolution.
A cet effet, en octobre 2004 la Banque Centrale de Cuba annonça la substitution du dollar usaméricain par le peso convertible pour toutes les transactions commerciales internes et également l’établissement d’une taxe de 10% sur toute transaction d’achat de pesos (convertibles ou non) avec des dollars (16). Et postérieurement en mars 2005 on revalorisa le peso cubain par rapport au peso convertible ainsi que le peso convertible par rapport aux devises étrangères.
Cela supposait, de facto, le retrait du dollar de la circulation monétaire interne et la récupération de la souveraineté monétaire pour Cuba (17).
Les mesures monétaires furent accompagnées d’autres mesures économiques qui cherchaient à récupérer les mécanismes centralisés de prise de décisions, à freiner l’expansion de la propriété privée et à améliorer les revenus des secteurs les plus défavorisés de la population. A cet effet on augmenta le montant des pensions, on doubla le salaire minimum et on augmenta le salaire des travailleurs des secteurs de l’éducation et de la santé (18).
Finalement, et comme élément additionnel pour évaluer la fonction économique de Cuba dans ce siècle, on peut considérer que ces processus se produisirent dans le cadre d’une reconfiguration de sa position sur la scène internationale en dépit du blocus usaméricain.
Ce processus, qui coïncide avec la constitution d’une scène internationale marquée par la multipolarité, a facilité la célébration de nouvelles alliances stratégiques de Cuba avec d’autres pays. Des alliances qui sont le produit de la confluence de deux circonstances importantes.
D’un côté, du virage à gauche qui s’est produit dans plusieurs pays d’Amérique latine (Venezuela, Bolivie ou Équateur) dès les débuts du siècle, lesquels ont noué des liens avec Cuba sur la base de valeurs partagées qui tournent autour de la solidarité, de la justice sociale et de l’anti-impérialisme.
Ces liens sont allés au-delà des simples déclarations et se sont exprimés en accords de collaboration concrets rassemblés, dans leur majeure partie, dans le cadre l’Alternative Bolivarienne pour l’Amérique latine et les Caraïbes (ALBA) (19).
Dans le cadre de l’ALBA, le Venezuela et Cuba ont établi une alliance stratégique qui situe le développement des services publics sociaux vénézuéliens, d’un côté, et l’approvisionnement énergétique cubain, d’un autre côté, au centre de leur agenda commercial bilatéral. Cela a permis entre autres choses que, grâce à la coopération cubaine, le Venezuela a pu viabiliser et obtenir des résultats spectaculaires pour certaines de ses politiques sociales d’urgences pour les classes les plus défavorisées : les fameuses Missions (20).
En échange de cette collaboration, le Venezuela offre à Cuba un traitement préférentiel en matière de fourniture énergétique à des conditions financières privilégiées que ce pays a ensuite étendues aux États qui intègrent PetroCaribe.
Et, d’un autre côté, ces nouvelles alliances répondent aussi aux nécessités propres de l’économie cubaine en termes commerciaux (élargissant ses relations avec le Venezuela et la Chine) et d’investissement (Canada) (21).
En définitive, tant les réformes internes que les nouvelles alliances stratégiques externes ont permis le redressement définitif de l’économie cubaine et la conclusion de la période spéciale, comme l’a déclaré le ministre de l’Economie et des Finances cubain fin 2006.
Il a fallu seize ans pour retrouver les niveaux de production de 1989.
En ce sens, et en guise de conclusion nous pouvons affirmer que cet examen de l’évolution de l’économie cubaine permet de faire deux constats.
D’une part, l’indubitable vocation des autorités cubaines à mettre l’économie au service des besoins de base de la population et non l’inverse.
Et d’autre part, la difficulté à élaborer un quelconque pronostic sur son évolution future car, si nous avons quelque chose à apprendre de Cuba, c’est son inégalable capacité à se réinventer en permanence sans perdre pour autant la loyauté à ses principes.
Notes:
(1) La dépendance tant dénoncée de l’économie cubaine par rapport à l’agro-industrie sucrière était telle que, à la fin de la décennie des années 50, elle constituait 25% du PIB cubain, représentait 80% du total des exportations de biens et donnait du travail à une proportion de 20 à 25% de la force de travail.
(2) A ce moment les 30% de la population aux plus bas revenus percevaient seulement 4% des revenus totaux (Zaldiviar Diéguez, 2004, p. 42).
(3) Il suffit de signaler que Cuba constitue entre 1959 et 1989 une des économies les plus équitables du monde. La différence en revenu par tête entre les 20% aux revenus les plus élevés et les 20% aux revenus les plus bas était inférieur à quatre fois quand en termes moyens, cette différence était dans le reste de l’Amérique Latine de 19 fois (Noguera, 2004).
(4) Xalma (2007, p. 30).
(5) CEPAL (1997, p. 61). Selon des estimations de Carranza et Monreal (2000) la crise avait coûté à l’économie cubaine entre 13 et 18 années de croissance économique.
(6) Hoffman (2004).
(7) Noguera (2004).
(8) Un examen détaillé des réformes monétaires et financières peut se trouver dans Garcia Molina (2005).
(9) Carranza (1995).
(10) Cela était le cas de la création du peso convertible, dont l’objectif était de renforcer le rôle de la politique monétaire et de permettre que les autorités monétaires aient un plus grand contrôle de la monnaie en circulation. Marquetti (2007,p.8).
(11) Garcia Molina (2005).
(12) Dans Xalma (2007), chapitre III est analysé concrètement le cas de la santé.
(13) Le coefficient de Gini à la fin des années 90 était de 0,38 alors qu’au milieu des années 80, avant la crise, il était de 0,24 ; symptôme indubitable du processus de concentration des revenus qui se produisit dans cette période.
(14) Espina (2004).
(15) Garcia et Anaya (2007).
(16) Préalablement, en juillet 2003, la Banque Centrale de Cuba avait établi que les transactions commerciales entre les entreprises cubaines qui opéraient en devises devaient se réaliser en pesos cubains convertibles au lieu de dollars.
(17) Une bonne analyse du processus de dédollarisation se trouve dans Marquetti (2007).
(18) Pour l’exposé de ces mesures et leurs effets voir Triana (2006).
(19) Montero (2007).
(20) Un exposé de la contribution cubaine au développement social dans le reste du continent est dans Garcia et Anaya (2007).
(21) Une magnifique synthèse des alliances stratégiques de Cuba avec le reste du monde est dans Xalma (2007, chapitre IV).
Bibliographie:
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Garcia Molina, J.M. (2005). La reforma monetaria en Cuba. Série Estudios y Perspectivas. Mexico: CEPAL.
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Marquetti Nodarse, H. (2007) “Cuba : proceso de desdolarizacion de la economia. Impactos y perpectivas”. Cuba Siglo XXI, LXXIII, janvier.
Montero Soler, A. (2007) “ALBA: Avances y tensiones en el proceso de integracion popular bolivariano”, Agora, Revista de Ciencias Sociales, 15, vol. II.
Noguera, A. (2004) “Estructura social e igualdad en la Cuba actual : la reforma de los noventa y los cambios en la estructura de clases cubana”. Revista Europea de Estudios Latinoamericanos y del Caribe, vol. 76, avril.
Triana Cordovi, J. (2006) “La economia cubana en el 2005 : crecimiento, reajuste funcional y consolidacion del cambio estructural”. Cuba Siglo XXI, LXXII, décembre.
Virgili Bonet, T. et Xalma Mellado, C. (2004) Dolarizacion y coste social. El caso de Cuba. Analisis Economico, vol. XIX, 041, pp.315-340. Universidad Autonoma Metropolitana, Mexico.
Xalma Mellado, C. (2007) Cuba : Hacia donde? Transformacion politica, economica y social en los noventa. Escenarios de futuro. Barcelone, Icaria.
Zaldivar Dieguez, A. (2004) Bloqueo. El asedio economico mas prolongado de la historia. La Havane, Editorial Capitan San Luis.
Traduction : Gérard Jugant
Édité par Fausto Giudice
URL de cet article sur Tlaxcala
Source : VIENTOSUR Numéro 102/Mars 2009- Cuba: 50 años de economía al servicio del pueblo
11 mai 2009
Alarcón : " À CUBA UNE DÉMOCRATIE REPRÉSENTATIVE SERAIT UNE RÉGRESSION "
KINGSTON, Canada (AP) – Cuba travaille pour répondre à « l’insatisfaction » vécue chez les citoyens du pays, mais une démocratie représentative comme la désire Washington ne sera pas imposée au peuple cubain parce qu’elle serait « une régression », a déclaré, samedi dernier, Ricardo Alarcón, président de l’assemblée Nationale,.
« Nous avons besoin de poursuivre notre travail dans le sens des principes révolutionnaires afin de faire face à l’insatisfaction qui s’est installée et aux difficultés permanentes qui nous empêchent d’avancer vers de plus grands objectifs » a dit Alarcón au cours de la clôture d’une conférence qui a duré trois jours à l’occasion du 50ème anniversaire de la révolution.
Alarcón a prononcé un discours en anglais devant plus de 500 personnes, en majorité des sympathisants du gouvernement cubain. Ils ont pu entendre des critiques sévères contre la politique que les USA ont appliqué envers Cuba durant la moitié du siècle dernier et qui continue à bloquer de « manière illégale » le développement économique et institutionnel du pays.
« Imposer au peuple cubain un régime de démocratie représentative ne serait pas une avancée en termes démocratiques mais plutôt une régression » a-t-il dit. « Ce serait le priver des droits et du pouvoir qu’il a conquis et lui donner en échange rien de plus que des paroles, la rhétorique d’un dogme que peu de monde y croit encore ».
Il a expliqué que « les efforts pour améliorer nos institutions et notre système démocratique n’a rien à voir avec un retour impensable à la fonction des régimes corrompus du passé ».
Alarcón, figure brillante du gouvernement du président Raúl Castro et fondateur du Parti Communiste Cubain, a dit que les USA avec leur nouveau président, Barack Obama, continuent à réclamer des changements à Cuba, mais Washington ferait mieux de commencer par changer d’attitude face aux réclamations de longue date [et toujours en vigueur NdT] de l’île.
Parmi celles-ci, il a mentionné, la levée des sanctions économiques au travers de l’embargo, la remise du cubain exilé, Luis Posada Carriles afin qu’il soit jugé pour terrorisme au Venezuela et la libération des cinq cubains emprisonnés pour espionnage.
AP Canada,
article publié le 9 juin 2009
Traduction Moncada




